Orienter les recherches financées par le secteur public vers les sujets non-marchands
Prénom(s) et nom de famille de ou des auteurs : Par Claudia Neubauer, co-fondatrice et coordinatrice de la Fondation Sciences Citoyennes, sciencescitoyennes.org
Date de la proposition : 2009
Nous proposons que les recherches financées par le secteur public soient orientées vers des sujets non-marchands. Malgré le débat public consacré à l’importance du développement durable, les recherches qui y sont liées restent marginales. En cause ? Les décideurs politiques qui choisissent d’investir les budgets de recherche dans des sujets « rentables », liés à l’efficacité économique. Aujourd’hui, il est urgent d’ouvrir largement ces budgets de recherche à d’autres thématiques.
En science, il n’y a pas de priorité de sujets. S’il y a des priorités, elles relèvent de choix politiques. Ce n’est pas la science qui dicte a priori dans quel domaine investir des budgets. La recherche scientifique militaire, les programmes aéronautiques, spatiaux, nucléaires, de biotechnologie et des nanosciences absorbent une partie très importante de la dépense publique en matière de recherche dans les pays de l’Union européenne. Les recherches dans la plupart des domaines clés du développement durable et de la santé publique tels que l’agro-écologie, l’agriculture biologique, les énergies solaire et éolienne, l’éco-construction ou l’écologie industrielle, la prévention en santé, la toxicologie, l’épidémiologie restent marginales.
Les lacunes de la recherche dans les domaines clé pour un développement soutenable sont dues à l’insuffisance de régulation de la production de connaissance. Cette régulation se décline de trois façons jusqu’ici dominantes : l’autorégulation par les chercheurs, la polarisation par la demande industrielle, et la croyance des décideurs politiques dans un modèle où la science trouve son intérêt principal en participant à la compétitivité.
L’autorégulation par les chercheurs, si elle est une dimension essentielle de l’autonomie de la recherche publique, s’est montrée trop sensible aux dérives hégémoniques de pouvoirs académiques et disciplinaires. La régulation par le marché, accentuée par les politiques gouvernementales, présente des limites. En effet, cette régulation oriente la recherche vers la mise au point de technologies commercialisables et rentables à court-terme pour des entreprises privées. Conséquence : certaines voies de recherches sont sous-développées. Selon ce schéma, on a plus intérêt à vendre des techniques de dépollution qu’à réduire de façon systémique les pollutions, à vendre des médicaments qu’à prévenir les maladies liées à l’environnement, à accaparer des brevets sur les recherches en amont plutôt qu’à mutualiser la connaissance comme biens public de l’humanité.
De ce fait, l’évaluation des performances des laboratoires et des chercheurs se fait de plus en plus en termes de compétitivité scientifique et de valorisation marchande (la course aux brevets et contrats). Ce système évacue les besoins non marchands de la planète et de nos sociétés.
Les processus décisionnels établissent des priorités de recherche, gèrent des institutions de recherche, évaluent leur performance selon des critères de contribution à la création de savoir, de croissance économique et de réponses à des besoins sociétaux. Les décisions sur les budgets de recherche et sur les types de recherche sont prises dans des cercles fermés d’« experts » - des scientifiques de « l’establishment », des représentants de grandes compagnies et d’officiels du gouvernement. Les associations - consommateurs, écologistes et autres usagers de la recherche - et les jeunes chercheurs sont exclus des instances de pilotages des agences, universités et organismes de recherche.
recherche ;développement durable
Thème : Propositions pour la recherche
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